Des courses automobiles sans pilotes

Fin octobre, une voiture de course sans pilote a tourné sur le circuit de Croix-en-Ternois. La Robocar, prototype développé par une startup britannique, préfigure une nouvelle forme de compétition automobile qui devrait voir le jour à partir de 2021 : des courses sans pilotes avec des véhicules autonomes.

Depuis plusieurs années, les ingénieurs anglais d’Arrival travaillent sur un nouveau genre de voitures de course : des autos autonomes, dirigées par une intelligence artificielle. Dans un premier temps, ils ont mis au point une monoplace de science-fiction, la DevBot 1, sorte d’obus sur roues sans cockpit pouvant atteindre 280 km/h. Un record de vitesse a été homologué avec cet engin en mars 2019 par le Guiness Book et deux protos se sont affrontés sur un circuit espagnol l’été dernier. Désormais la version 2 de ces engins se rapproche d’avantage des autos de course qu’on connait. Les essais actuels s’effectuent avec des Ginetta, ressemblant aux protos plus conventionnels qui courent en GT4. L’avantage de la Ginetta est qu’elle a un poste de pilotage et qu’elle peut accueillir à son bord un pilote d’essai chargé de la mise au point.

A Croix-en-Ternois, le pilote brésilien Lucas di Grassi, champion de Formule E en 2017, servait de maître-étalon. C’est lui qui a déterminé les meilleures trajectoires et a établi un temps de référence que la Robocar devait ensuite égaler, voire améliorer par elle-même, en se basant sur les mesures de télémétrie obtenues quand di Grassi était au volant.

Ce prototype en fibre de carbone est équipé de quatre moteurs électriques de 300 kW et d’une transmission intégrale. Comme tous les autres véhicules autonomes, il est bardé d’une multitude de capteurs, de radars et de caméras. Son ordinateur de bord stocke les données au fil des tours, les analyse et en tire les meilleures performances possibles. Sur le papier, faire courir une voiture sans pilote ne semble pas être un problème insurmontable. Dans la réalité, les obstacles rencontrés sont nombreux, à commencer par la course en peloton, avec d’autres autos de tous les côtés. Il faut également tenir compte de la piste, des conditions de course et de la meilleure opportunité pour doubler ses adversaires. Autant de choses qui permettent à un bon pilote de faire la différence. L’intelligence artificielle peut-elle en faire autant ? Pour l’instant, la question est sans réponse, mais elle ne devrait pas le rester longtemps, car un championnat réservé aux voitures-robots pourrait voir le jour en 2021, en ouverture des Grands Prix de Formule E. C’est une hypothèse, même si on en parle depuis plusieurs années, rien n’est encore décidé.

Roborace car

Mis à part le côté insolite, l’intérêt de faire courir des autos sans pilotes apparait limité. Dans le sport automobile actuel, c’est le talent du pilote qui associé aux performances de la machine donne du piment à la course. Espérons que la FIA retienne un format mixte similaire à celui qui existe aux échecs, où les joueurs affrontent des ordinateurs. Des courses opposant des voitures robots contrôlées par l’intelligence artificielle face des monoplaces classiques avec de vrais pilotes au volant. La confrontation devrait être intéressante et apporter un peu de piquant à la discipline.

Roborace V1

 

Photos : Arrival et Circuit de Croix-en-Ternois.