Citroën sur le marché indien

Début avril, Linda Jackson, la directrice générale de Citroën, a annoncé l’arrivée de la marque aux chevrons en Inde. Citroën va développer des véhicules spécialement pour le marché indien. Qu’est-ce qui motive cet intérêt soudain ? Qu’a l’Inde de si particulier pour les constructeurs européens ?

Dans le monde de l’automobile, les pays à fort potentiel sont de moins en moins nombreux. En Chine qui faisait figure d’eldorado au début du XXIe siècle, la distribution des cartes a déjà eu lieu, ce qui pousse les constructeurs à se tourner vers de nouveaux marchés émergents. Avec ses 1,3 milliard d’habitants, l’Inde a les atouts nécessaires pour susciter la convoitise de Citroën et de ses concurrents. C’est le deuxième pays le plus peuplé au monde et ce sera bientôt le premier devant la Chine. D’ici 2050, le pays devrait totaliser plus d’habitants que la Chine et les Etats-Unis réunis. C’est aussi le pays le plus jeune, l’âge médian de la population étant de 25 ans. Le nombre d’enfants indiens de moins de 4 ans équivaut actuellement au double de la population française. D’ici 2025, 55% de la population sera en âge de travailler et représentera 25% de la population active mondiale. Avec un niveau de croissance parmi les plus forts, l’Inde pourrait devenir la première économie mondiale d’ici quelques années (elle était 5e en 2018).

En matière d’automobile, l’Inde représente un formidable potentiel. Avec un taux d’équipement de seulement 40 voitures pour 1 000 habitants et une classe moyenne qui devrait croitre de 75% d’ici 2025 (passant de 63 à 110 millions d’Indiens), la croissance du marché des voitures particulières est estimée à 8% par an. En 2018, les Indiens ont acheté 3,3 millions de véhicules neufs ; en 2025 les ventes devraient dépasser la barre des 6 millions. L’Inde devrait être le 3e marché automobile mondial après la Chine et les Etats-Unis dès 2020.

INDE Circulation automobile

 

Linda Jackson, directrice générale de Citroën, en est convaincue : « Citroën a les atouts pour séduire la clientèle indienne. Nous nous en donnons les moyens avec l’ambition d’être Indien en Inde, tant sur le volet industriel avec deux joint-ventures locales, que sur la nouvelle offre produit que nous inaugurerons dans le pays, en capitalisant sur les recettes qui font notre succès en Europe. »

Tout n’est pourtant pas gagné d’avance. L’énorme marché indien est dominé depuis toujours par le constructeur local Maruti. Plus de la moitié des 3,3 millions de véhicules vendus en 2018 sont des autos de la marque, des versions indiennes des Suzuki diffusées en Occident. La DZire, dérivée de la Swift, est le nouveau bestseller de la marque après que son aînée l’Alto est restée en tête des ventes pendant treize ans. Sans surprise, les six modèles les plus vendus en Inde en 2018 sont des Maruti-Suzuki.

Déjà bien implantés dans le pays, Hyundai et Honda font jeu égal avec les autres constructeurs indiens Tata et Mahindra. Renault est la marque française la mieux placée, avec une moyenne de 8000 ventes par mois, ce qui est très peu par rapport aux 145 000 ventes mensuelles de Maruti.

Avant Citroën, Fiat et Ford ont tenté de se tailler une place sur le marché indien, mais les résultats n’ont pas été à la hauteur de leurs espérances. Ford qui a atteint 3% de parts de marché en vingt ans, vient de changer de stratégie en négociant une joint-venture avec Mahindra.

L’an prochain, le SUV C5 Aircross sera le premier modèle commercialisé par Citroën en Inde. En 2021, la marque lancera sa nouvelle gamme de véhicules destinés au marché international.