Electrifier les routes : la solution ?

Des rails dans la chaussée, des caténaires… les idées ne manquent pas pour électrifier le réseau routier. En Europe et dans le monde, plusieurs expérimentations sont menées pour faciliter les déplacements des véhicules électriques en contournant le problème du rechargement des batteries.

Selon Mats Alaküla, universitaire suédois spécialiste de l’électro-mobilité, plutôt que d’investir massivement dans le développement des batteries et des bornes de recharge, il serait beaucoup moins coûteux d’électrifier directement les routes à la manière des voies ferrées. Il estime à 47 milliards d’euros par an le coût des batteries et des bornes, et à seulement 10 milliards le coût annuel pour équiper et entretenir 21 000 km d’autoroutes et de grands axes à travers l’Europe.

La technologie utilisée serait basée sur des rails électriques intégrés à la chaussée à la manière de ceux utilisés par les tramways. Les véhicules électriques seraient équipés d’un patin amovible rétractable disposé sous le châssis par lequel l’énergie serait transmise au moteur et à la batterie. Le système eRoadArlanda, complémentaire aux bornes de recharge, permettrait aux batteries de se charger par induction tout en roulant. Il est expérimenté en Suède depuis le printemps 2018 sur un tronçon de route de 2 km qui mène à l’aéroport de Stockholm. Si les résultats sont positifs, cela coûterait 8 milliards d’euros pour l’étendre aux 20 000 km de grandes routes suédoises. Selon Mats Alaküla, cet investissement serait amorti en l’espace de trois ans. Pour la Suède, qui vise le tout-électrique en 2030, l’enjeu est important.

En attendant le bilan des essais d’eRoadArlanda, d’autres expériences ont lieu en Suède, mais aussi en Allemagne, en Californie, en Chine et en Italie. Siemens et Scania développent une technologie différente pour la circulation des poids-lourds électriques. Il s’agit d’installer des lignes électriques aériennes classiques et des caténaires sur la voie de droite réservée aux camions sur les autoroutes. Comme les trains ou les anciens tramways, les camions seraient équipés de pantographes leur permettant de se connecter au réseau. Depuis 2016, Scania teste ce système sur un tronçon de deux kilomètres d’autoroutes suédoises. De son côté, Siemens est en train d’équiper une portion de dix kilomètres près de Francfort, et en Italie le concessionnaire de l’autoroute Brescia-Milan prévoit de poser six kilomètres de lignes électriques d’ici 2021.

En France, Alsthom se montre intéressé par le système de recharge par induction installé dans la chaussée et Renault teste cette solution sur une piste d’essai installée à Versailles.

Cela veut-il dire que la route du futur ressemblera à nos vieilles voies de chemin de fer ? Cela pourrait être une solution à long terme, quand elle aura prouvé son efficacité et sa viabilité économique.