Michel Degand

Client et ami d’Eric Douart depuis une trentaine d’années, Michel Degand ne compte plus les véhicules que lui et son épouse ont achetés chez Grand Nord. Longtemps attiré par les voitures de sport, il a beaucoup roulé en Alpine et en Porsche, mais avec l’âge il préfère désormais des autos plus sages. A 84 ans, après une longue carrière professionnelle de quarante ans à La Voix du Nord, cet ancien photograveur se consacre entièrement à la passion qui a fait sa renommée : la peinture.

Dans sa maison de Villeneuve d’Ascq, il a aménagé un petit atelier où, au milieu des toiles, des dessins et des boites d’archives. « C’est pratique. A La Voix du Nord, je travaillais la nuit et je peignais le jour. » C’est là qu’il prépare ses deux grands rendez-vous des prochains mois : l’inauguration d’une salle d’exposition qui portera son nom au sein de l’Espace Culturel François Mitterrand de Loos-lez-Lille, sa ville natale, et une grande rétrospective qui lui sera consacrée en 2019 au Prieuré d’Airaines dans la Somme. Ravi qu’on s’intéresse encore à lui, il nous fait remarquer avec humour et modestie qu’« à part moi, il n’y a que des grands noms ». C’est vrai que la liste des invités des moines d’Airaines donne le tournis. Avant lui, Vasarely, Le Corbusier, Lurçat, Miro et Chagall, entre autres, ont été mis à l’honneur au cours des saisons culturelles du prieuré.

Michel Degand s’est fait connaître dans les années 70 grâce aux tapisseries monumentales que les lissiers d’Aubusson ont réalisées à partir de ses dessins. « J’ai eu un véritable coup de foudre pour la tapisserie en 1951 en visitant une exposition parisienne consacrée à l’Art Déco. Je me suis dit que c’était ce que je voulais faire. » La rencontre avec le patron de la Manufacture Pinton à Felletin (Creuse) va être décisive. L’entreprise recherche de jeunes artistes pour donner un coup de neuf au monde de la tapisserie. Michel Degand va dessiner plus d’une centaine de cartons* qui seront tissés dans les ateliers de la Creuse. Ses œuvres conquièrent les amateurs d’art contemporain, en France, en Belgique et en Suisse, mais aussi aux Etats-Unis où plusieurs grandes expositions lui sont consacrées. Parallèlement il peint, sculpte (« je ne suis pas un vrai sculpteur, je dessine sur la pierre ») et s’essaie à des formes d’art insolites. Exemple : la porte d’entrée de sa maison. Il trouvait qu’elle était trop banale, il l’a customisée en y ajoutant des moulures, des bouts de bois et des morceaux de mannequins d’étalage. « Ma porte a plu aux voisins, raconte-t-il, l’air amusé. Ils m’ont demandé de faire la même chose avec la leur. Je crois qu’en tout j’ai décoré une cinquantaine de portes comme celle-là. »

Aujourd’hui le nom de Michel Degand est moins connu du grand public qu’il y a trente ans. Pourtant des milliers de Nordistes passent chaque jour devant quelques-unes de ses œuvres sans le savoir. Ainsi à Lille-Fives, où une fresque murale décore l’intérieur de la station de métro ; idem à la station Rihour ; dans le hall du siège du Conseil départemental du Nord, une tapisserie inspirée de la matière des sacs de jute orne la montée d’escalier ; une autre tapisserie monumentale sert de décor à la 5e Chambre du Tribunal de Lille ; et ainsi de suite à Wasquehal, Thumeries, Auby, Denain… Il fut même un temps où l’une de ses créations était exposée dans les locaux de Grand Nord Automobile.

*Terme technique qui désigne le document de base dessiné par l’artiste pour servir de modèle aux ouvriers lissiers qui réalisent la tapisserie.

Photos : portrait ©Max Rosereau/Voix du Nord – Archives Association Michel Degand.